Tijdschrift Voor Filosofie 25 (3):439 - 475 (1963)

Abstract
Quelle est la signification philosophique de la forme du dialogue, comme mode d'expression et de communication de la pensée philosophique chez Platon, et dans quelle mesure le choix de cette forme révèle-t-il le caractère même de l'acte philosophique chez Platon ? Un tel problème reçoit une première réponse d'après la conception philosophique de l'homme dans le système platonicien. Le dualisme psychologique, et le spiritualisme de Platon, l'amènent à considérer l'acte de philosopher comme une activité autonome qui s'accomplit dans l'âme, et qui tend à la saisie de la réalité authentique. Le corps fait obstacle à cette activité, et l'incarnation de la pensée est pour Platon une situation temporaire, une conséquence inévitable de la condition humaine et dont il faut s'affranchir. Toute „incarnation” de la pensée sera considérée par Platon comme une entrave au libre jeu de l'esprit, au même titre que le corps fait obstacle à l'âme : Platon désapprouve donc toute forme d'expression fixe qui immobilise la pensée, telle l'écriture, ou qui n'apporte qu'une ombre de connaissance, comme la peinture ne donne des objets réels que „l'image d'une image”. Si Platon lui-même écrit et a laissé à la postérité une oeuvre littéraire étendue, il faut dire que sa philosophie n'est pas contenue tout entière dans ses écrits, et que le dialogue a été choisi comme forme d'expression de sa pensée parce que chaque dialogue, tel un „protreptique”, ne fait qu'introduire une recherche, mieux, expose cette recherche même, mais sans donner le dernier mot de la pensée du maître. Une deuxième réponse au problème résulte de la manière dont Platon conçoit et définit la pensée. La pensée, pour Platon, est dialogue. Sans doute un certain dialogue entre l'homme et le monde sensible est nécessaire pour faire naître la pensée, et les données sensibles jouent dans la connaissance un rôle positif. Mais ce contact comporte un danger d'attachement au monde sensible pris comme réalité authentique. Des conceptions fausses nées du contact avec le sensible vont s'introduire dans l'âme à côté du savoir authentique qu'elle porte en elle et qui, lui, est issu du contact de l'âme avec le monde des Idées. La pensée a pour tâche de discerner ce double apport, de dissocier erreur et vérité, savoir et non-savoir. Cette activité est conçue par Platon comme un dialogue intérieur, comme un entretien de l'âme avec elle-même qui la met en état d'interrogation continuelle, et lui fait prendre d'elle-même une conscience progressive par cette interrogation même. La forme du dialogue, choisie par Platon pour exprimer sa pensée est donc choisie parce que la pensée même est dialogue, et la dialectique est identifiée pour le même motif avec la philosophie authentique. Une troisième réponse au problème résulte de la conception platonicienne que tout homme est porteur de vérité et que celle-ci ne se découvre que par le contact fructueux des hommes entre eux. La vérité ne se transmet pas, toute faite, d'un homme à l'autre. Socrate lui-même, ne possède pas un savoir encyclopédique qu'il communiquerait généreusement à plus pauvre que lui. Le dialogue intérieur de l'âme avec elle-même ne suffit pas à la recherche incessante de la vérité : le dialogue platonicien choisi comme forme littéraire n'est donc nullement le déguisement d'un monologue ou d'un soliloque. D'autre part, le rôle irremplaçable de Socrate ne signifie pas non plus que le dialogue platonicien serait le déguisement littéraire d'un monologue de Socrate. Celui-ci, bien qu'il incarne à la perfection l'art de la dialectique, et que, plus sage et plus „philosophe” que les autres hommes, il sache mieux qu'eux interroger et répondre, est luimême vraiment en état de recherche. Le dialogue philosophique est donc la recherche en commun de la vérité sous la direction d'un sage. Les dialogues de Platon, étant donné leur signification, n'offrent pas une doctrine achevée, et l'inquiétude philosophique n'y est pas apaisée. L'allégorie de la caverne indique que pour Platon la recherche philosophique n'atteint jamais son terme. Le rôle des récits mythiques dans les dialogues confirment cette indication et impliquent le même aveu d'impuissance et la même modestie de la part du philosophe. Les dialogues de Platon continuent ceux de Socrate : ils ont une signification éthique, à la fois parce que chaque interlocuteur y est présenté, en totale égalité avec les autres, et dans le respect mutuel des personnes, en marche vers le progrès qui résulte de la conquête intérieure de la vérité par chacun, et parce que Socrate lui-même fait de son rôle envers chaque interlocuteur une véritable mission, mission pour laquelle il acceptera de mourir : introduire chaque interlocuteur dans le domaine de la vérité, les écarter progressivement du domaine de l'erreur, tel est le rôle de Socrate, qui fait de lui une sorte de guide spirituel amenant les hommes à prendre leur moi le plus profond comme objet principal de leur préoccupation. La recherche philosophique débouche ainsi sur la découverte du Bien, base inébranlable de la conduite morale
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